Culture
La pharmacie
En France, on va à la pharmacie quand on se sent malade. En Amérique, on y va pour acheter des piles. Marion Ellis, sur la croix verte et le long rayon.

La première fois que je suis entrée dans une pharmacie française, j’ai cru m’être trompée de porte. Pas de cartes de vœux. Pas de rayon bonbons. Pas de mur de shampoings grand comme un bus. Juste une pièce claire et propre, une croix verte qui brille dehors, et une pharmacienne derrière le comptoir qui a regardé mon mal de gorge comme si c’était son affaire.
C’était le cas. En France, le pharmacien est un professionnel de santé, pas un commerçant. On entre, on décrit ce qui ne va pas, et elle écoute. Vraiment. Puis elle dit quoi prendre, comment le prendre, et quand aller voir un médecin plutôt. Ce conseil, c’est le métier, pas une faveur. Les gens font confiance à leur pharmacien comme les Américains font confiance à leur garagiste : la personne qui sait ce qu’il y a sous le capot.
La pharmacie américaine marche à l’envers. Le comptoir est au fond, derrière la borne photo et les bonbons de saison. On peut acheter un transat, une carte d’anniversaire et une ordonnance en un seul passage, ce que les Américains trouvent pratique et que les Français trouveraient insensé. Le pharmacien est quelque part derrière une vitre, au téléphone avec votre assurance. Le magasin vend des médicaments comme tout le reste : en piles, en promo, avec une carte de fidélité.
Les deux systèmes finissent par vous donner vos comprimés. Mais ils ne posent pas la même question. La pharmacie française demande : qu’est-ce qui ne va pas ? La pharmacie américaine demande : que peut-on vous vendre d’autre pendant que vous êtes là ?
La carte de fidélité me manque parfois. Les points, c’est les points. Mais quand ma fille a eu mal à l’oreille à Lyon, la pharmacienne est restée dix minutes avec nous, nous a vendu des gouttes pour quelques euros, et nous a dit exactement quand s’inquiéter. Sans rendez-vous. Sans franchise. Sans transat.
La croix verte ne vend rien dont vous n’avez pas besoin. Il m’a fallu des années pour le comprendre. Ce n’était pas un magasin. C’était un cabinet dont la porte reste ouverte.
Publicité



