Culture
Les cinéastes français écrivent pour sauver leur cinéma
Dans une lettre ouverte, les grands noms du cinéma français alertent : le budget 2027 menace le soutien public qui fait vivre le cinéma. Le vieux débat France–États-Unis sur qui paie le septième art refait surface.

Le 15 octobre, Le Monde a publié une lettre ouverte signée par quelques-uns des plus grands noms du cinéma français. Jacques Audiard, Michel Hazanavicius, Justine Triet, Claire Denis, Julia Ducournau, Alice Diop, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Agnès Jaoui — on croirait un programme de festival. Mais leur propos ne concernait pas un film. Il concernait l’argent qui rend les films possibles.
La lettre alerte : le budget 2027 risque d’amputer le financement de la culture et, avec lui, d’effacer le cinéma français des écrans. Au cœur de l’inquiétude, le CNC — le centre national du cinéma qui finance les films français grâce à un système de taxes sur les billets et la télévision. Si l’État fragilise cette mécanique, disent les cinéastes, tout l’écosystème du cinéma français vacille.
C’est une lettre française sur un système français. Mais elle résonne autrement quand on la compare à la façon américaine de faire du cinéma, parce que les deux pays ont choisi des réponses opposées à la même question : qui paie le cinéma ?
Aux États-Unis, la réponse, c’est le marché. Les studios et les plateformes produisent des films pour gagner de l’argent. Un film qui ne rapporte pas est enterré. Le résultat, c’est une industrie d’une ampleur stupéfiante — les plus gros films du monde, la plus vaste distribution jamais construite. Mais c’est aussi une industrie où les films de milieu de gamme pour adultes ont presque disparu, où un réalisateur avec une idée étrange et discrète doit convaincre un algorithme ou un dirigeant avant de toucher une caméra.
En France, la réponse est : tout le monde paie, un peu, à travers le billet. Chaque place de cinéma en France alimente le CNC. Les chaînes de télévision paient aussi leurs taxes. Cette cagnotte finance ensuite la prochaine vague de films français — y compris les petits, les étranges, les silencieux, qui ne survivraient jamais à une réunion de présentation à Los Angeles. Ce système explique pourquoi la France produit encore des centaines de films par an, pourquoi un jeune réalisateur de Marseille peut sortir un film en salles, pourquoi le cinéma français a un grain qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
Chaque système achète quelque chose et perd quelque chose. Hollywood achète la portée mondiale et perd le milieu. La France achète la diversité et perd parfois, en efficacité — l’argent est garanti, alors chaque euro n’est pas mérité.
La lettre des cinéastes est, au fond, un rappel de ce que coûte le choix français et de ce qu’il protège. Couper le financement de la culture, ce n’est pas couper la subvention d’une industrie qui pourrait se tenir seule. Il n’y a pas de marché à l’américaine prêt à remplacer le CNC. Sans le système public, le cinéma français ne devient pas Hollywood. Il devient plus petit, plus maigre, et à terme — le mot est dans la lettre — effacé.
Quand on vit ici, on remarque la différence jusque dans les salles. Un mardi pluvieux à Lyon, le multiplex du coin projette un blockbuster américain, une comédie française, un documentaire sur des apiculteurs et un classique restauré des années soixante. Ce mélange n’est pas un hasard. C’est une politique, payée au guichet, défendue dans des lettres ouvertes.
Le débat aujourd’hui, c’est de savoir si la France veut toujours payer pour cela. Les cinéastes disent oui. Le budget répond : on verra.
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