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Glossaire

Fanny

Perdre 13–0 et la tradition exige un baiser. Deux théories de la défaite, un postérieur peint.

dictionnairepétanquetraditions

Fanny

Perdre une partie de pétanque 13–0 — prendre une fanny — et la tradition est sans pitié : il faut embrasser les fesses de Fanny, la jeune fille aux fesses nues dont le postérieur peint trône au club-house, pour se porter chance et mieux viser la prochaine fois. C’est l’humiliation ritualisée, administrée avec amour, devant tout le monde, généralement avec un pastis en consolation.

La France a une théorie complète de la défaite. Perdre lourdement n’est pas un traumatisme à digérer ; c’est une cérémonie à accomplir. On embrasse Fanny, tout le monde rit avec vous (enfin, presque), et la défaite est convertie — par le rituel — en appartenance. Vous n’êtes pas un perdant ; vous êtes un membre du club.

L’Amérique a la théorie inverse : le trophée de participation. Perdre lourdement est un traumatisme à prévenir. Tout le monde reçoit un trophée, le score est minimisé, et le mot loser est traité comme une insulte. L’intention est la bienveillance. Le résultat est une génération qui n’a jamais embrassé Fanny et n’a donc jamais appris la compétence essentielle : survivre à un 13–0 avec sa dignité réarrangée mais intacte.

Les deux théories se rencontrent chaque fois qu’une équipe française et une équipe américaine partagent un boulodrome. Les Français n’en croient pas leurs yeux devant l’anxiété américaine du score ; les Américains n’en croient pas leurs yeux devant la file pour embrasser un tableau. Les deux ont raison. Les deux ont tort. C’est tout le dictionnaire.

La France ritualise la défaite. L’Amérique l’anesthésie. Le score est de 13–0 dans les deux cas.

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