Glossaire
Mène
Une manche de jeu — de mener. Chaque mène a un meneur, et le commandement change de mains comme le pouvoir.

Mène (pétanque) — une manche de jeu, du verbe mener. Chaque mène commence par le lancer du cochonnet et se termine quand toutes les boules sont jouées et les points comptés. Une partie se joue en mènes comme un récit se raconte en chapitres : chacune complète, chacune changeant le sens de la suivante.
L’étymologie travaille en silence. Dans chaque mène, quelqu’un mène. L’équipe qui tient le point mène la manche, et celle qui ne la tient pas doit répondre : pointer plus près, ou tirer. Le commandement à la pétanque n’est jamais permanent. Il dure exactement jusqu’à ce que quelqu’un lance une meilleure boule, et alors la tête change de mains sans cérémonie, comme les majorités.
Les Américains qui découvrent le mot l’entendent souvent comme « men » et y voient quelque chose de martial. C’est le contraire : la mène est l’unité de la patience. Treize points gagnent la partie, et chaque mène n’en attribue que quelques-uns, donc aucune manche ne décide de rien. On peut perdre cinq mènes d’affilée et gagner quand même la partie. La politique française, avec ses scrutins à deux tours et ses cohabitations, est bâtie sur la même arithmétique : la manche qu’on perd n’est jamais l’élection.
Le pickleball, c’est révélateur, n’a pas de mène. Il a des rallies et des side-outs, un vocabulaire du momentum plutôt que des chapitres. Le rallye est continu ; la mène est épisodique. Un jeu demande qui gagne en ce moment ? L’autre demande qui mène cette manche, et pour combien de temps ?
Chaque mène a un meneur. Aucun ne garde le poste.
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