Actualités & Politique
La bombe de la dette
Le Wall Street Journal parle de « debt bomb » à propos des finances françaises. Le coût d'emprunt de la France a dépassé celui de la Grèce. Des deux côtés de l'Atlantique, on a quelque chose à dire — et personne ne se tait.

Le verdict américain est tombé lundi, dans le Wall Street Journal : les finances publiques françaises sont une « debt bomb », une bombe de la dette. Mardi, le journal enfonçait le clou avec un éditorial intitulé « France’s Bonfire of Inanities », visant des dirigeants politiques qu’il accuse d’être « dans le déni ». L’acte d’accusation, selon le Journal : le pays n’a pas équilibré son budget depuis 1974, et « toute cette fiscalité, avec une surréglementation endémique, étouffe la croissance économique ». Bloomberg s’y est mis aussi. Pour les milieux d’affaires new-yorkais, la France est devenue l’exemple type : l’État-providence qui vit au-dessus de ses moyens.
Les chiffres donnent du mordant à la leçon. Le taux d’emprunt français à dix ans tourne autour de 4,8 %, plus élevé que celui de la Grèce — une comparaison impensable il y a dix ans. L’écart avec les taux allemands est au plus haut depuis 2011. L’euro est tombé à son plus bas depuis dix-sept mois. Et tout cela pendant que le taux américain à dix ans touche 5,35 %, son plus haut depuis 24 ans. Personne n’a les comptes propres. Ceux de la France ressemblent juste à un avertissement.
La réponse française arrive en deux voix, qui ne s’accordent pas.
À droite, beaucoup reconnaissent le diagnostic tout en rejetant le médecin. Oui, l’État est trop lourd, il faut tailler dans les dépenses — un candidat sérieux à la présidentielle a évoqué 25 milliards d’euros d’économies par an. Mais se faire sermonner par des éditorialistes américains, dans le pays qui vient de battre ses propres records de taux, passe mal. L’ordonnance est peut-être bonne ; le médecin est suspect.
À gauche, l’argument s’inverse : la dette est le prix d’un pays qui finance encore ses écoles, ses hôpitaux, ses trains — et regardez ce qu’achète le sous-financement. La semaine même où le Journal publiait son éditorial, des centaines de milliers de lycéens et d’enseignants défilaient partout en France pour réclamer plus de moyens pour l’école. Les images des manifestations illustraient les articles américains sur la dette. Lecture de la gauche : ce n’est pas le coût de l’État-providence. C’est ce qui arrive quand on l’affame.
Les deux camps français partagent, pour une fois, un réflexe : l’agacement d’être notés depuis l’autre côté de l’Atlantique. Personne à Paris ne conteste que le déficit est réel. Ce qui se discute, c’est qui a le droit de nommer la maladie — et qui écrit l’ordonnance.
Pendant ce temps, le marché obligataire note tout le monde avec impartialité. Il ne lit pas les éditoriaux. Il lit les budgets.
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