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La mène sans la France

Le numéro deux du Pentagone a réuni cinq alliés de l'OTAN en Pologne pour parler de l'avenir de l'alliance. La France, le Royaume-Uni et les États baltes n'étaient pas invités. Les critiques parlent d'un précédent toxique ; côté exclus, silence radio.

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La mène sans la France

À la pétanque, une mène, c’est un tour de jeu. Tout le monde lance depuis le même cercle. Si vous n’êtes pas dans le cercle, vous n’êtes pas dans la mène. C’est aussi simple que ça.

Mardi, le sous-secrétaire américain à la Défense Elbridge Colby a réuni en Pologne les représentants de la défense de cinq États membres de l’OTAN pour discuter de l’avenir de l’alliance et de ses capacités de défense. La liste des invités était remarquable pour ceux qui n’y figuraient pas : la France. Le Royaume-Uni. Les États baltes.

Voilà donc la France — seul membre de l’UE de l’alliance doté d’une dissuasion nucléaire et d’une armée de projection — qui regarde depuis l’extérieur du cercle pendant que Washington parle de l’avenir de l’OTAN autour d’une table réduite.

Les critiques ont vite sorti le mot « toxique ». Leur argument : la France, le Royaume-Uni et les Baltes comptent parmi les membres qui contribuent le plus, en troupes et en moyens, à la sécurité européenne. Réunir un groupe restreint pour fixer les priorités en les laissant dehors, ce n’est pas seulement vexant ; ça crée deux catégories d’alliés. Ceux qu’on consulte et ceux qu’on informe.

Mardi matin, aucun des gouvernements exclus n’avait publié de réaction officielle. Ce silence est une déclaration en soi. Soit Paris, Londres et les capitales baltes coordonnent une réponse, soit elles ont décidé que réagir à un camouflet par un communiqué, c’est exactement ce que le camouflet cherchait à provoquer.

Il y a une lecture charitable. L’OTAN compte 32 membres. Faire avancer quoi que ce soit à 32 autour d’une table, c’est comme ça qu’on obtient des communiqués, pas des décisions. Les groupes de travail restreints sont normaux. Le problème, c’est l’image de ce groupe-là en particulier : convoqué par les Américains, sur le territoire du flanc oriental de l’alliance, en excluant précisément les pays qui se sont fait le plus entendre sur l’autonomie stratégique européenne — un dada français depuis des décennies.

La lecture moins charitable, c’est que la table est le message. Washington montre à l’Europe que la consultation est désormais conditionnelle. Contribuez, soyez sages, soyez d’accord — et vous avez un siège. Contestez le leadership américain, et vous lirez le compte-rendu après.

La France a déjà connu ce genre de chorégraphie. L’accord AUKUS sur les sous-marins en 2021 a coûté aux chantiers navals français un contrat de dizaines de milliards et déclenché une vraie crise diplomatique, avec ambassadeurs rappelés à la clé. Paris s’en est remis. La leçon retenue à Paris n’était pas « faites-vous discrets » — c’était « construisez des options ». D’où le tambourinage français constant pour l’indépendance de la défense européenne.

Que cette réunion soit de la plomberie de routine ou un signal délibéré, la dynamique est familière : les États-Unis réorganisent la salle, la France note la disposition, et tout le monde fait semblant que l’alliance est exactement aussi unie que la veille.

À la pétanque, il y a d’ailleurs une règle pour ce cas de figure. Si une équipe arrive en retard à une mène, la partie continue sans elle. Elle rejoindra la suivante. La question pour la France, c’est de savoir s’il y aura une suivante — ou si le cercle rétrécit pour de bon.

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