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Le dernier soutien
Washington a fait pression sur ses alliés pour qu'ils se retirent d'une conférence sur la désinformation. Le Canada et la Lituanie se sont retirés. La France est restée. Victor Lemaire sur un désaccord très public : qui a le droit de dénoncer qui.

La conférence parlait de désinformation. Elle a produit un petit incident diplomatique.
Les 7 et 8 octobre, l’association bruxelloise EU DisinfoLab tenait sa conférence annuelle sur la manipulation de l’information. Au programme, un panel au titre qui a fait des dégâts : « USA as a FIMI threat: acknowledge, adapt, push back ». FIMI, c’est le sigle du secteur pour « foreign information manipulation and interference ». Le panel devait suivre l’intervention d’un juge de la Cour pénale internationale sanctionné par les États-Unis.
Washington a remarqué. Selon Reuters, qui cite trois responsables américains et des correspondances diplomatiques, le département d’État a passé plusieurs jours à faire pression sur ses homologues lituaniens, canadiens et français pour qu’ils retirent leur soutien. L’argument américain, en substance : une conférence qui classe les États-Unis parmi les menaces informationnelles, et qui donne la parole à un juge de la CPI sanctionné, n’est pas un forum neutre. Les alliés ne devraient pas lui prêter leur nom.
Ça a marché, en grande partie. Le Canada et la Lituanie — affichés comme « principaux soutiens » de la conférence — ont pris leurs distances. Le service diplomatique de l’Union européenne lui-même a discrètement disparu de la liste des soutiens, sans que Reuters puisse confirmer un contact américain avec Bruxelles.
Un nom est resté : la France. Paris est désormais le seul « principal soutien » de la conférence.
La position française est le miroir de la position américaine. Paris ne s’est pas longuement expliqué en public, mais la logique est connue : la manipulation de l’information est la manipulation de l’information, d’où qu’elle vienne, et une conférence de recherche doit pouvoir le dire. Du point de vue français, faire pression sur des alliés pour qu’ils abandonnent un panel parce que Washington n’aime pas le sujet, c’est exercer une pression sur le débat ouvert — exactement ce que la conférence étudie.
Les deux camps ont leurs raisons, et ils le savent. Les États-Unis n’ont pas tort de trouver le cadrage orienté ; « acknowledge, adapt, push back » n’est pas le langage de l’enquête neutre. La France n’a pas tort de penser qu’un pays sûr de sa position peut laisser les chercheurs parler. La vraie question, celle qui revient sans cesse dans la relation transatlantique : qui fixe les termes du débat ?
Il y a un terme de pétanque pour ce qui s’est passé sur cette liste de soutiens. Quand votre boule est sortie et qu’il n’en reste qu’une des vôtres sur le terrain, on joue autour. La France joue désormais autour de sa propre boule. Quant à savoir si le terrain tient, c’est une autre question — la conférence est finie, le panel a eu lieu, et tout ce qui reste au compte rendu, c’est qui est resté et qui est parti.
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