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Trump et les lycéens

Deux récits s'affrontent sur les manifestations lycéennes : une crise de l'école, disent les élèves et la gauche française ; un avertissement sur l'immigration et le désordre, disent Donald Trump et la droite, des deux côtés de l'Atlantique.

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Trump et les lycéens

Trois semaines après le début du mouvement, les manifestations lycéennes ont produit deux récits totalement différents de ce qui se passe dans la rue — et celui auquel on croit dépend désormais surtout d’où l’on se place.

Les faits de base ne sont guère contestés. Depuis la mi-septembre, les élèves bloquent leurs établissements et manifestent contre le manque de professeurs, des classes de 32 à 35 élèves, des bâtiments délabrés et Parcoursup. Mardi, le ministère de l’Intérieur a compté 256 000 manifestants dans tout le pays ; les organisateurs en revendiquent 450 000. Plus de 6 100 personnes ont été interpellées, en grande majorité des mineurs. Au moins 215 adolescents, 85 personnels scolaires et plus de 700 policiers ont été blessés. Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, annonce au moins 24 établissements incendiés ou saccagés ; rien qu’en Île-de-France, les dégâts sont estimés à 7 millions d’euros. Le Premier ministre Sébastien Lecornu parle du « plus lourd bilan depuis des décennies » pour l’école et a suspendu les cours jusqu’à vendredi.

Version un : une révolte de l’école. Les dix revendications publiées par les élèves ne parlent que d’école — suppression de Parcoursup, plan d’urgence pour les bâtiments, recrutements massifs, classes moins chargées, infirmiers et assistants sociaux. La France insoumise soutient le mouvement ; Jean-Luc Mélenchon dénonce la sauvagerie policière, et le maire d’extrême gauche de Saint-Denis, Bally Bagayoko, descendu dans la rue, a estimé que la violence « peut devenir légitime à un certain point ». De ce côté-ci, le coupable est un gouvernement qui a répondu par les gaz lacrymogènes et les grenades de désencerclement — l’une d’elles a coûté la main à un jeune de 15 ans — et un budget 2027 qui supprime 1 500 postes d’enseignants.

Version deux : un avertissement sur l’immigration et le désordre. Mardi soir, Donald Trump a publié sur Truth Social : « Ce qui se passe en France, c’est ni plus ni moins une immigration de masse hors de contrôle. Ce n’est pas une question d’écoles, c’est l’islam qui veut prendre le contrôle d’un pays autrefois grand ! » Son ambassadeur à l’ONU, Mike Waltz, lui a fait écho, accusant les frontières ouvertes et une immigration incontrôlée d’avoir fait déborder la frustration. L’ancien responsable de l’administration Trump Theo Wold a déclaré à Fox News que cette violence était « une conséquence de l’immigration de masse ». La commentatrice conservatrice Lisa Boothe estime que les troubles ont commencé dans des zones à forte immigration et que cet afflux assèche les budgets des écoles. Sur Fox News, Nile Gardiner y voit « un cauchemar de ce que pourrait devenir l’Europe ».

La droite française a sa propre version de cet argument. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a diffusé des images d’une policière pourchassée et rouée de coups à Paris, illustration selon lui de ce qu’est devenue la France « après des décennies de laxisme et d’immigration massive ». Marine Le Pen a jugé ces images insoutenables, réclamé des peines exemplaires et proposé une nouvelle loi anti-émeutes. Le candidat à la présidentielle Bruno Retailleau accuse LFI d’être « fascinée par la violence » et de vouloir organiser une insurrection — évoquant même son interdiction.

Pris entre les deux, le gouvernement parle un troisième langage : celui de l’ordre. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, explique que le mouvement n’a pas de revendications nationales unifiées parce qu’il est né de griefs locaux. Matignon décrit désormais les événements comme des « violences urbaines » attisées par LFI. Après le message de Trump, Emmanuel Macron est intervenu personnellement, demandant à ses ministres davantage d’explications et d’empathie ; le ministère de l’Intérieur a suspendu l’usage des grenades de désencerclement en attendant une enquête.

Il y a donc désormais trois France dans cette histoire : celle des lycéens, faite de fenêtres cassées et de professeurs absents ; celle de Trump et de la droite, faite de frontières et de batailles de rue ; et celle du gouvernement, qui tente de tenir les deux à distance. Avec une présidentielle française au printemps prochain et des élections de mi-mandat américaines dans quelques semaines, aucun de ces trois récits ne devrait s’adoucir de sitôt.

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