Pétanque
Compte à rebours avant les Mondiaux
À un mois des championnats du monde en Thaïlande, la sélection française a validé sa forme à Cagnes-sur-Mer — et le coach Didier Choupay prévient que rien n'est gagné.

Un mois. Dans un mois exactement, la France joue les championnats du monde en Thaïlande. On prépare les boules, on vérifie les maillots, et la vieille question revient : la sélection est-elle prête ?
Dimanche à Cagnes-sur-Mer a donné un début de réponse. La dernière Europétanque avant les Mondiaux, et le trio de l’équipe de France des Mondiaux — Mickaël Bonetto, Christophe Sarrio, Ludovic Montoro, avec Yohan Cousin en quatrième, au bord du terrain — a remporté la finale. Contre Henri Lacroix, Ligan Doerr et Patrice Mièvre. 13 à 9. Après avoir été menée 9 à 3.
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Relisez bien. Menée 9 à 3. Puis dix points d’affilée. En finale.
Il y a un aphorisme pour ça dans tous les clubs de France : la partie n’est jamais finie avant d’être finie. Mais la manière compte plus que le score. Quand l’équipe était derrière, Sarrio a pris le poste de tir. C’est à ça que sert un tireur. Doerr avait été implacable en début de partie, avec carreau sur carreau, et on sentait le match filer. Puis le trio de France a arrêté de filer. Point après point. Le genre de finition qui gagne des titres mondiaux — ou qui au moins prouve que les joueurs savent encore le faire.
Le coach Didier Choupay ne fait pas la fête. Son interview de lundi le disait net : « On sait qu’on part à la guerre. » Des Mondiaux difficiles, dans un contexte lourd. C’est un coach qui fait son métier. On ne gagne pas un Mondial à Cagnes en octobre. On essaie juste d’arriver entier.
La sélection est validée, au sens français du mot : éprouvée, tamponnée, confirmée. Bonetto, Sarrio, Montoro ont remporté le plus grand test national disponible un mois avant l’échéance. Bien. Mais Cagnes n’est pas la Thaïlande. La chaleur, le voyage, les terrains, les Asiatiques — l’équilibre des forces de la pétanque bouge vers l’Est depuis des années, et personne dans le camp français ne fait semblant du contraire.
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L’histoire humaine du week-end, c’est Montoro. Il a gagné sa première Europétanque à domicile, à Cagnes, une compétition que son père a contribué à fonder. Il portera le maillot de la France à ses premiers Mondiaux. Son interview du lendemain le disait simplement : « Tellement fier de gagner l’Europétanque. » On lit toute une saison de joueur dans cette phrase. La victoire à domicile. Le maillot qui arrive. Le père dans les tribunes, on l’imagine, ou au moins dans la mémoire des lieux.
Il y a aussi une vérité de joueur de club : on joue ses plus belles boules là où on a appris à jouer. Montoro a grandi sur ces terrains. Jouer à domicile est un vrai avantage, et il faut le compter comme tel. Mais ça marche dans les deux sens. La Thaïlande ne sera le domicile de personne d’autre que de la Thaïlande.
L’autre histoire de Cagnes est celle que personne ne dit trop fort. Lacroix ne va pas aux Mondiaux. Il était dans cette finale dimanche et il l’a perdue, et il a aussi perdu le concours de tir de précision, battu par un jeune joueur local d’Antibes, Yanis Emmanuelidis — premier vainqueur local de l’épreuve, une première. Et autour du nom de Lacroix, il y a l’affaire des paris. La presse s’en fait l’écho avec prudence, et je serai prudent aussi : c’est rapporté, pas tranché. Mais un joueur de ce niveau qui manque les Mondiaux, ce n’est jamais seulement une décision sportive. Lisez entre les lignes si vous voulez. Moi, je ne vous donne que les lignes.
Le reste du week-end : les tenants du titre, Rocher–Robineau–Durk, sont sortis en seizièmes face à la triplette de Diego Rizzi, de Fréjus, 13 à 8. Ce n’est pas un petit exploit. Trois des cinq dernières éditions, et ils sont tombés avant que le week-end commence vraiment. L’équipe de Rizzi a continué derrière. La forme est la forme, elle ne demande pas la permission.
Au tir de précision féminin, la Tunisienne Mouna Beji a battu la championne de France Cathy Jeanroy. Chez les juniors, Dawson Herlemann s’est imposé. Ce sont les notes de bas de page qui deviennent des titres dans quelques années. Notez les noms.
Alors, où en est-on, à un mois de l’échéance ? Le trio de France a validé sa sélection de la plus belle des manières : pas par une victoire tranquille, mais par une remontée. Mené 9 à 3 en finale et gagnant les dix derniers points — ce n’est pas de la chance. C’est une équipe qui sait souffrir. Le coach dit que c’est la guerre. Le plus jeune d’entre eux vient de gagner chez lui, devant les siens, et il portera le maillot pour la première fois.
Un mois. On prépare les boules. Et en Thaïlande, rien de ce qui s’est passé à Cagnes ne comptera — sauf l’essentiel : ils savent revenir.



