Pétanque
Quatre médailles, aucun titre — l'étrange année des Bleues
Les Françaises ont ramené quatre médailles européennes en 2026, et pas un seul titre. Un joueur de club pèse le poids de tout cet argent et ce bronze.

On dit souvent à mon club : le deuxième, c’est le premier des perdants. On le dit en souriant, d’habitude, parce qu’au club personne ne fait les comptes bien longtemps. Mais cette année, en regardant les Françaises revenir des championnats d’Europe, j’ai arrêté de sourire.
Quatre médailles en 2026. Zéro titre. Relisez. Quatre fois sur le podium, quatre fois à regarder quelqu’un d’autre soulever la coupe.
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Ça a commencé à Lorca, en Espagne, en début d’année. Aurélie Bories s’est battue jusqu’en finale du tête-à-tête et l’a perdue contre la Suédoise Jessica Johansson. Argent. En doublettes, Bories et Charlotte Darodes ont pris le bronze, battues en demi-finale par la Suisse — après avoir mené 6-0. Six à zéro. Puis la mène a tourné, et c’était fini.
C’est le genre de défaite qui vous suit jusqu’à la maison.
La semaine dernière, c’était Loutraki, pour les seniors féminines. Le triplette — Nelly Peyré, Sandrine Poinsot, Toréa Tairio, Nadège Baussian-Protat — a atteint la finale contre la Belgique. Menées 0-6, elles sont revenues point par point jusqu’à 13-11. Si près qu’on pouvait le toucher. La Belgique a pris la partie, et avec elle un deuxième titre européen.
Au tir de précision, Nelly Peyré a ajouté un bronze, battue en demi-finale par la Norvégienne Ranu Homniam.
La presse française a une formule pour cette saison : « souvent placées, jamais gagnantes ». C’est cruel et c’est juste, et ça tombe comme une boule sur les orteils.
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Voilà ce que je retourne dans ma tête au boulodrome. À la pétanque, perdre 13-11 en finale après avoir été menée 0-6, ce n’est pas un manque de nerfs. C’est l’inverse. Ces femmes ne se sont pas effondrées. Elles sont revenues. La remontée s’est arrêtée à une mène près. Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est le jeu.
La pétanque est le seul sport que je connaisse où une avance de 6-0 peut s’évaporer en vingt minutes. Le cochonnet bouge. Le terrain change. Une tireuse trouve son rythme et soudain tout bascule. Perdre après avoir mené 6-0, comme la doublette contre la Suisse, ce n’est pas de l’insouciance. C’est le sport qui vous dit qu’il ne vous doit rien.
On l’oublie au niveau du club, où on joue contre les mêmes dix types tous les jeudis et où tout le monde connaît les faiblesses des autres. Au niveau européen, la marge n’est rien. Un millimètre sur la dernière boule du pointeur. Un carreau manqué d’un cheveu. C’est la différence entre l’or et l’argent, et ça n’a rien à voir avec l’envie.
Et pourtant. Quatre finales et demi-finales, quatre défaites. À un moment, il faut poser la question qui fâche : qu’est-ce qui manque ? Pas le talent — le talent crève les yeux. Pas le courage — la remontée de Loutraki l’a prouvé. Quelque chose de plus petit. Le dernier point. La mène décisive. L’habitude de gagner.
Les Belges l’ont, maintenant. Deux titres européens. Elles n’ont pas mieux joué que les Françaises toute la semaine. Elles ont mieux joué la finale. C’est une autre compétence, et c’est celle qui compte.
J’ai perdu pas mal de finales à mon club. Celles en 13-12, où on serre la main, on dit « la prochaine fois » en le pensant, et puis on rentre et on rejoue la dernière mène dans sa tête pendant une semaine. Multipliez ça par un maillot national et un billet d’avion pour rentrer, et vous avez à peu près ce que portent ces femmes.
Alors voilà mon aphorisme de l’année, et il est gratuit : les médailles sont pour l’armoire. Les titres sont pour la mémoire. La France a rempli son armoire en 2026. La mémoire attendra.
La prochaine fois, mesdames. La prochaine fois.



