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Pétanque

La triplette

Trois joueurs, deux boules chacun, un rôle par personne — sauf celui du milieu, qui en a deux. Ray Delgado sur la triplette, la formation la plus difficile à réussir.

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La triplette

La pétanque a trois formations. Le tête-à-tête : un joueur, trois boules, tout repose sur vous. La doublette : deux joueurs, trois boules chacun, un duo. La triplette : trois joueurs, deux boules chacun — et c’est elle qui brise les équipes.

Pourquoi ? En doublette, vous avez trois boules chacun. On peut se permettre une erreur. En triplette, on en a deux. Chaque jet compte double, et on ne répare pas ses propres bêtises — c’est au partenaire de le faire, ou à l’autre, et tout le monde se met à penser au jet des autres au lieu du sien.

La triplette a trois rôles, et ils ne sont pas égaux.

Le pointeur joue en premier. Son boulot : placer une boule près du cochonnet et donner à l’équipe quelque chose à défendre. Un bon pointeur est calme comme un bon plombier. Rien ne le surprend. Il a déjà vu cette situation quatre cents fois.

Le tireur, c’est le shooteur. Il entre en jeu quand l’adversaire a le point, et son boulot est de l’enlever. Les tireurs sont une autre espèce. Ils veulent le grand coup. Ils vivent pour le carreau. Un tireur « en forme » vous fait gagner une partie en dix minutes. Un tireur qui ne l’est pas vous la fait perdre en cinq.

Et puis il y a le milieu. Le joueur du milieu. Il pointe quand l’équipe a besoin d’un point, il tire quand elle a besoin d’un tir. Il joue après le pointeur et avant le tireur : il hérite de tous les problèmes et transmet toutes les solutions. Demandez à n’importe quel coach : le milieu est le poste le plus difficile du jeu. On n’y met ni son meilleur pointeur ni son meilleur tireur. On y met son joueur le plus intelligent — celui qui lit le terrain, compte les boules et sait quel est le vrai problème.

Les grandes triplettes parlent sans arrêt. Pas de la stratégie, juste de l’information : où est le cochonnet, à qui est quelle boule, ce que fait le terrain sur la gauche. Les mauvaises se taisent, et on regarde la partie se défaire, mène après mène silencieuse.

Les Américains venus des sports collectifs s’attendent à un capitaine, un plan de jeu, un conciliabule. La pétanque vous donne trois personnes, six boules et un cercle tracé dans la terre. C’est tout l’organigramme. Ça marche parce que chacun connaît son rôle. Pointer. Tirer. Réfléchir.

Si vous montez une équipe, retenez la règle : choisissez d’abord votre milieu. Le pointeur et le tireur se trouveront. Le penseur, lui, est irremplaçable.

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