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Pétanque

Onze-treize : la finale que la France n'a pas su fermer

À Loutraki, les Françaises ont atteint la finale du triplette européen, signé une remontée mémorable, et perdu 11-13 contre la Belgique. Henri Roche sur une semaine commencée par des Fanny et terminée à deux points du titre — et sur la jeune équipe qui a sauvé le déplacement avec l'or.

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Onze-treize : la finale que la France n'a pas su fermer

Onze-treize. C’est le score qu’on retient.

Pas les Fanny. Pas les remontées. Le score final. France 11, Belgique 13. Deux points. Une mène. Toute une semaine, jouée sur une mène.

Reprenons au début. Vendredi, Loutraki, Grèce. Les Françaises ouvrent les championnats d’Europe de triplette comme on rêve de les ouvrir. Écosse, 13-0. Bulgarie, 13-0. Deux Fanny en une journée. Zéro point encaissé. On en a parlé ici même samedi, et on disait : un début n’est pas un titre. On avait raison, et ça pique quand même.

Les poules continuent. Israël tombe. L’Espagne tombe. Quatre victoires en cinq parties. La seule défaite vient contre l’Allemagne, 10-13, et l’Allemagne termine en tête de poule. C’est ça, le système suisse. Il trouve vite les équipes fortes. La France en faisait partie. Là-dessus, aucun doute.

Samedi, les phases finales. L’Ukraine en huitième : 13-4. Maîtrisé. L’Angleterre en quart : 13-7, réglé par une dernière mène à six points. C’est le coup de la semaine dont personne ne parle, parce que la finale l’a enterré. Six points dans une mène, contre l’Angleterre, pour aller en demi-finale. Ça, c’est de la pétanque de championnat.

Dimanche matin, la demi-finale. L’Espagne, encore. Cette fois, il n’y a pas eu de match : 13-1. La triplette française — Sandrine Poinsot, Toréa Tairio, Nelly Peyré, avec Nadège Baussian-Protat en rotation — entre en finale avec l’allure de l’équipe qui distribuait les Fanny vendredi. La machine est chaude. La confiance est là.

Et puis la Belgique. Les championnes en titre. Les voisines. L’équipe qui avait déjà privé la France du titre auparavant.

La finale commence de la pire des façons. Deux appoints parfaits de Poinsot. Deux carreaux de la jeune tireuse belge Vleminckx. Première mène : cinq points encaissés. Puis deux nouveaux carreaux, et voilà 0-6. Six points de retard avant même que la France ait respiré. En finale. Contre les championnes. C’est le genre de trou qui tue les tournois.

Mais cette équipe de France fait quelque chose dont je me souviendrai plus longtemps que du score. Elle répond par une mène pleine. Six points. Deux frappes nettes de Tairio. Puis Peyré : un carreau, puis un palet. Puis Poinsot, pour finir le travail : deux carreaux. Six-six. Égalité. De 0-6 à 6-6 en deux mènes. Ça, ce n’est pas de la chance. C’est du cran.

Ça fait quarante ans que je joue à ce jeu, et je vais vous dire ce que coûte une remontée pareille. Ça coûte tout. Votre calme. Votre marge. Vous retournez au rond en sachant que vous venez de jouer votre meilleure mène, et l’autre équipe le sait aussi.

La Belgique ne plie pas. Les deux équipes se rendent mène pour mène — 6-8, 7-8 — puis la Belgique frappe à nouveau. Cinq points dans la musette. Vleminckx au carreau encore, Meskens deux fois, et Camille Max qui manque de boucler l’affaire plus tôt, son dernier tir venant contre sur une boule belge. Sept-douze. La montagne est de retour.

La France la remonte encore. Deux fois. Neuf-douze. Onze-douze. Les Belges flottent. Les Françaises manquent quelques boules de rajout qu’elles mettent d’habitude — c’est ça, la pression, même pour les bonnes joueuses. Et puis, dans la dernière mène décisive, les Françaises craquent les premières. Vleminckx garde sa cadence au tir. La France est obligée de tenter un tir au but qui échoue. La Belgique conserve son titre. Onze-treize.

Alors. L’argent en triplette. Le bronze de Nelly Peyré au tir de précision, après une défaite en demi-finale contre la Norvégienne Ranu Homniam. Une semaine sur tous les podiums et pas d’or pour l’équipe senior. Voilà le bilan honnête.

C’est aussi, d’une certaine façon, l’histoire de cette équipe de France féminine depuis un moment. Rappelez-vous le contexte. La sélection pour ces championnats a été mouvementée — annoncée, puis révisée, avec Philippe Quintais mis de côté. La France est arrivée à Loutraki sans aucun titre européen senior féminin. Elle repart pareil. L’écart entre très bonne et championne fait deux points de large, et c’est l’écart le plus dur du sport.

Maintenant, l’autre moitié de la semaine. Celle qui devrait vous faire sourire.

Les Espoirs femmes — les moins de 23 ans — ont gagné l’or. Kaylie Victoor-Demeter, Dorine Mesmin, Kimberley Miclo, Camille Picard. En finale contre la Suède, elles étaient menées 4-8. Elles se faisaient dominer. Et puis elles ont fait ce que les seniors ont fait dans leur finale, sauf qu’elles l’ont terminé : elles sont revenues, ont retourné la partie, et ont gagné 13-9.

La Suède avait mérité sa place dans cette finale. Les championnes en titre, les Allemandes, ont perdu leur demi-finale 9-13 contre les Suédoises — mais cette demi-finale restait quand même la cinquième médaille européenne d’affilée pour l’Allemagne à ce niveau. La profondeur de cette compétition est réelle. Personne n’arrive en finale européenne par hasard, aujourd’hui.

L’or des Espoirs compte pour une raison qui dépasse la médaille. Ce sont les joueuses qui porteront le maillot senior demain. Elles savent désormais ce que c’est d’être menées 4-8 en finale européenne et de gagner. C’est un souvenir qu’on emporte dans chaque rond pour le reste de sa carrière. La leçon des seniors est l’inverse, et tout aussi précieuse : on peut revenir de 0-6 et perdre quand même, parce que l’autre équipe a aussi le droit de jouer.

Alors, qu’est-ce qu’on garde de Loutraki ? Deux choses. D’abord, la pétanque féminine française est en bonne santé à tous les niveaux — finalistes, médaillées, championnes, dans la même semaine. Ensuite, la dernière marche est la plus dure. Les Fanny, c’était amusant. Les remontées, c’était courageux. Mais les titres se jouent dans la dernière mène, et la Belgique a mieux joué la dernière mène.

Onze-treize. Retenez le score. Puis retenez les deux remontées. Puis retournez dans le rond. C’est ça, le jeu.

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